Printemps 2018 - secteur Bécancour

Gomphe fourchu - Lylipad Clubtail - Arigomphus furcifer - femelle - Wôlinak

   La rivière Bécancour, qui coule à proximité du village de Wôlinak, s'avère être un secteur très productif pour la découverte de l'odonatofaune locale.  Les multiples étangs, vestiges de l'ancien lit de la rivière Bécancour, sont visités par plusieurs espèces dont certaines pour le moins surprenantes.

Notre cavale dans le secteur a débuté le 10 juin dernier. Après avoir noté plusieurs espèces communes quelle ne fut pas notre surprise de capturer une femelle Gomphe fourchu (Arigomphus furcifer); une  première dans le centre du Québec. C'est une espèce généralement observée en Outaouais et en Estrie et elle nous permet d'entrevoir les multiples autres possibilités du secteur de Bécancour.

Une autre découverte très intéressante a été celle d'une femelle Aeschne pygmée (Gomphaeschna furcillata); une espèce de tourbière en situation précaire au Québec. Les naïades ayant quitter le milieu aquatique pour devenir des insectes ailés peuvent parfois se retrouver assez loin de leur lieu d'émergence pour se nourrir et maturer. Une fois adulte ils y retourneront pour la période de reproduction. Il est fort à parier que la Réserve Naturelle Léon-Provencher située tout près est son lieu d'origine. Ce secteur reste cependant à investiguer; la tourbière située au coeur de la réserve étant un milieu extrêmement difficile d'accès.

Fort de ces découvertes nous sommes retournés dans le même secteur le week-end suivant. Notre périple a commencé du côté ouest de la rivière Bécancour à l'extrémité de l'Avenue de l'anse. La présence de Gomphaeschna furcillata à cet endroit a été pour le moins surprenante avec la capture d'un mâle et  d'une femelle; cette dernière posée sur un tronc d'arbre alors que le mâle a été pris au filet. Une capture subséquente d'une autre femelle à Wôlinak, combinée à celle d'un mâle Leucorrhinia glacialis, démontre le potentiel de la tourbière de la Réserve Naturelle Léon-Provencher pour ces espèces typiques des milieux tourbeux.



Aeschne pygmée - Harlequin Darner - Gomphaeschna furcillata - Bécancour

Notre retour à Wôlinak se fait en grande pompe alors que nous découvrons la présence d'une population d'Arigomphus furcifer dans un des étangs; mais la capture d'un mâle Arigomphus cornutus au même endroit nous a agréablement surpris! Toutefois, Arigomphus cornutus est une espèce déjà connue dans la grande région du lac Saint-Pierre et sa présence était en quelque sorte prévisible.


Gomphe cornu - Horned Clubtail - Arigomphus cornutus - mâle - Wôlinak

Gomphe fourchu - Lylipad Clubtail - Arigomphus furcifer - mâle - Wôlinak

Gomphe cornu - Horned Clubtail - Arigomphus cornutus - mâle - Wôlinak

Gomphe fourchu - Lylipad Clubtail - Arigomphus furcifer - mâle - Wôlinak

Gomphe cornu - Horned Clubtail - Arigomphus cornutus - mâle - Wôlinak


Comparaison d'un Gomphe fourchu mâle (à gauche) et d'un Gomphe cornu mâle (à droite)

Le dernier ajout digne de mention concerne un zygoptère; Enallagma antennatum. Une très jolie espèce qui était répertoriée au plus près dans la partie sud-ouest du lac Saint-Pierre. Sa découverte du côté de Bécancour n'était qu'une question de temps.


Agrion arc-en-ciel - Rainbow Bluet - Enallagma antennatun - mâle

Dans le cadre de l'Initiative pour un Atlas des libellules du Québec, nous sommes passé de 23 espèces jadis répertoriées dans la région du centre du Québec à 66! C'est tout un bond mais il faut dire que cette région n'avait jamais reçu beaucoup d'attention des naturalistes dans le passé concernant son odonatofaune.


Alain Côté
Peter Lane
Guy Lemelin
Maurice Raymond



3 juin - Découverte d'une population de Nannothemis bella à Québec

La rumeur voulant qu'il y ait présence de l'Elfe (Nannothemis bella) tout près de chez moi s'est matérialisée en cet après-midi du 3 juin 2018 avec l'observation d'une douzaine d'individus. C'est une observation fort intéressante dans le cadre de l'Initiative pour un Atlas des Libellules du Québec car il s'agit d'une espèce rarement signalée dans la région de la Capitale Nationale; la dernière mention remontant à 1954 dans le secteur de Neuville. L'endroit de la découverte a aussi de quoi surprendre; un bassin de rétention d'eau situé en plein quartier résidentiel.


Étang de rétention dans un quartier résidentiel

Étang de rétention dans un quartier résidentiel


C'est après que Maurice eut remarqué une photo d'Elfe possiblement photographié à Québec et paru à MétéoMedia en septembre 2017 qu'est partie cette rumeur. Malgré les efforts, les tentatives pour remonter jusqu'au photographe furent vaines. De toute façon nous n'allions pas laisser passer une telle occasion si près de chez nous.

C'est vers 13h15 que Maurice et moi arrivons au bassin de rétention. Maurice en est déjà à sa troisième visite à cet endroit et m'a déjà fait part des quantités d'Amphiagrion saucium qu'il y a observé. Nous ne tardons pas à en découvrir encore plusieurs lorsque tout à coup Maurice s'écrie; nanno, j'ai une nanno! Je n'en crois pas mes oreilles et je m'approche rapidement pour voir cette mini libellule, d'ailleurs la plus petite en Amérique du Nord, dans son filet.

Après les photos d'usage, nous explorons méticuleusement le secteur et en retrouvons sept autres pour un total de huit. Leurs ailes luisantes ne laissent aucun doutes qu'il s'agit, pour la plupart, d'individus ténéraux ayant quittés leur exuvie depuis à peine quelques heures. Un peu plus loin il y a un deuxième bassin de rétention où nous en observerons au moins quatre autres pour un grand total de douze.


Elfe - Elfin Skimmer - Nannothemis bella

Elfe - Elfin Skimmer - Nannothemis bella


Il est évident que je ne regarderai plus jamais un bassin de rétention de la même façon!

 

Espèces notées:

40 Amphiagrion saucium
12 Nanothemis bella



Maurice Raymond
Alain Côté
Peter Lane

Population relique de l'Aeschne septentrionale (Azure Darner, Aeshna septentrionalis) dans le parc national des Grands-Jardins


Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - parc national des Grands-Jardins - 2 juillet 2017

Le 2 juillet au petit matin nous avons pris la route en direction du parc national des Grands-Jardins pour recenser les différentes espèces de libellules dans la tourbière située entre les lacs à Jack et Malbaie. L'endroit étant difficile d'accès (lire le blog du 6 juillet dernier pour en savoir plus), nous avons dû fournir plusieurs efforts avant d'atteindre notre destination. Mais ceux-ci ne furent pas en vain car c'est lors de cette expédition que nous avons découvert une population de l'Aeschne septentrionale (Azure Darner - Aeshna septentrionalis) à cet endroit. Cette découverte, tant inattendue qu'insoupçonnée, est le moment marquant de l'été 2017.

Un des secteurs où nous avons découvert l'Aeschne septentrionale. Un endroit parsemé de chicots de conifères séchés. Les plus pâles, ceux qui n'ont plus d'écorces, sont des endroits de prédilection où aime se poser cette libellule.

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - parc national des Grands-Jardins - 2 juillet 2017 - Un perchoir de prédilection pour cette aeschne.
 
C'est sous une matinée ensoleillée, puis parsemée d'averses en après-midi, que nous avons fait notre premier inventaire. Nous avons été surpris par nos premières captures d'Aeshna septentrionalis en les confondant d'abord avec l'Aeschne à zigzags (Aeshna sitchensis). Ce sont deux espèces qui se ressemblent au point de s'y méprendre en raison des motifs quasi identiques sur leurs abdomens et leurs thorax. L'analyse de photographies prisent sur le terrain nous a par la suite confirmé qu'il s'agissait bien d'Aeshna septentrionalis, une espèce fort surprenante sous nos latitudes sudistes.


Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - parc national des Grands-Jardins - 2 juillet 2017

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - parc national des Grands-Jardins - 2 juillet 2017

Suite à cette première journée, nous avons fait quelques visites supplémentaires qui nous ont permis d'observer et photographier plusieurs autres individus de cette même espèce. Étonnamment, nous n'avons notés que des mâles lors de nos cinq inventaires. Aucune femelle. Bien que certainement présentent, elles sont demeurées bien discrètes lors de nos visites. Voici d'ailleurs un bref résumé du nombres d'individus que nous avons recensées en 2017:

  • 2 mâles adultes le 2 juillet
  • 3 mâles adultes le 17 juillet
  • 6 mâles adultes le 20 juillet
  • 1 mâle adulte le 30 juillet
  • aucun individu le 21 août

Au Québec, Aeshna septentrionalis est une espèce dont l'aire de répartition principale s'étend bien au delà du 50ième parallèle en zone boréale (réf. Atlas préliminaires des libellules du Québec). Elle est aussi la seule du genre à se retrouver en zone arctique près du 60ième parallèle, notamment le long des côtes de la baie d'Ungava (réf. Dragonflies and Damselflies of the East, Dennis Paulson) (références sur les zones climatiques). Quant à la population du parc national des Grands-Jardins, elle est tout à fait exceptionnelle de par son emplacement à l'échelle du continent nord-américain. D'un point de vue latitudinal elle est jusqu'à preuve du contraire la population la plus méridionale en Amérique du nord détrônant celle de l'Alberta qui se trouve près du 50ième parallèle.

Ce qui semble préoccupant avec la population du parc, c'est qu'elle apparaît très circonscrite à l'intérieur même de la tourbière et ne semble pas occuper au maximum les quelques 2,25 kilomètres carré de superficie disponibles. Toutes les observations ont été faites à l'intérieur d'un périmètre qui s'étend sur environ 300 X 700 mètres représentant à peine 9% de la superficie totale. Les exigences environnementales d'Aeshna septentrionalis se retrouvent certainement dans cette parcelle d'habitat, portant à croire qu'il s'agit de la niche écologique de cette espèce. Toutefois, qu'elles en sont les véritables paramètres demeure un mystère.

Le statut de "zone de conservation extrême" de la tourbière réticulée du Lac des Soixante-Six assure actuellement l'intégrité de cet habitat particulier. Il s'agit d'un statut fort important car le moindre bouleversement ou harnachement de cet écosystème pourrait à jamais compromettre la survie de cette population isolée représentant une espèce relique dans le parc national des Grands-Jardins.

Pour en savoir davantage sur ce secteur, je vous invite aussi à consulter l'excellent document soumit par Guy Lemelin et que l'on retrouve sur le site Entomofaune du Québec.

Saviez-vous que ?

Malgré sa position géographique à la hauteur du 47ième parallèle, le parc national des Grands-Jardins est sous l'influence d'un climat boréal et subarctique. Son élévation générale explique cette réalité. Pour cette raison on y retrouve des zones de pessière à lichen, un biotope que l'on rencontre habituellement au-delà du 52ième parallèle, soit près de 500 kilomètres au nord du parc! (réf. SÉPAQ) Reposant à plus de 800 mètres d'élévation, la tourbière nommée lac des Soixante-Six est caractérisée par des températures estivales plutôt fraîches variant entre 10 et 22 degrés Celsius (réf. NORDICANA D) (réf. MDELLCC) et des conditions météorologiques imprévisibles la plupart du temps.


Alain Côté
Guy Lemelin
Maurice Raymond



Observations d'odonates au lac Saint-Paul en 2017

Couple de Périthème délicate - Eastern Amberwing - Perithemis tenera

Avec maintenant deux saisons d'inventaires complétées, les espèces présentes au lac Saint-Paul se précisent. Le Sympetrum de Jane (Sympetrum janeae), dont quelques individus avaient été découverts en septembre 2016, est encore bien présent et la taille de la colonie se précise. De belles découvertes en  2017 allongent aussi la liste des libellules observées à cet endroit et ajoutent de nouvelles données sur l'aire de distribution de quelques espèces.

C'est le 10 juin que nous avons fait notre première visite au lac Saint-Paul dans le but d'accéder la tourbière à l'intérieur de la réserve naturelle Léon-Provencher. Cette tentative, par le secteur sud-est, a été un échec et nous avons finalement rebroussé chemin. L'enchevêtrement d'arbustes et le sol gorgé d'eau rendant le milieu tout simplement inaccessible.

C'est le 7 août que nous y sommes retourné pour investiguer la population du Sympétrum de Jane. Nous avons capturé, photographié et relâché des mâles qui étaient posés dans les hautes herbes bordant la rivière Godefroi. L'hypothèse qu'il puisse s'agir d'une population viable, la plus au nord-est connue, se précise. Il est important ici de rappeler que le Sympétrum de Jane n'a toujours pas le statut d'espèce reconnue en Amérique du Nord. Par contre les inventaires menés dans le cadre de l'initiative pour un atlas des libellules  du Québec (IALQ) pourraient changer la donne. En effet, d'après des observations et des mesures effectuées sur des centaines d'individus depuis le début des inventaires en 2008, il semble que la forme du hamule et la longueur de l'aile postérieure du mâle soient des caractéristiques propre au Sympétrum de Jane que l'on retrouve au Québec en particulier.

Une capture tout a fait surprenante au même endroit fut celle d'une femelle Sympétrum à dos roux (Sympetrum rubicundulum). Une première récolte pour nous au Québec d'un individu probablement à la limite de son aire de distribution connue.

L'exutoire du lac Saint-Paul allait nous révéler quelques autres belles surprises en cette même journée avec la découverte d'une population d'Agrion minuscule (Enallagma geminatum). Nous avons observé une dizaine d'individus de cette très belle espèce dans le même secteur où pullulaient littéralement au moins un millier d'Agrion orangé (Enallagma signatum). Une  quantité impressionnante!

Agrion minuscule - Skimming Bluet - Enallagma geminatum - mâle -  en arrière-plan Agrion orangé

C'est à notre retour en fin d'après-midi qu'est apparut l'espèce qui s'est avérée être le clou de la journée. En effet, dans la baie jonchée de nénuphars, une petite espèce que nous avons rapidement identifiée comme un mâle de Périthème délicate (Perithemis tenera) patrouillait un territoire restreint. Quelques jours plus tard, soit le 13 août, nous avons consolidé le statut de ce taxon en observant plus de six individus différents dont un tandem suivi de ponte par la femelle. Il s'agit d'une extension d'aire notable puisque l'espèce n'avait jamais été signalée plus au nord que la région de Granby, qui est d'ailleurs l'endroit de la découverte de l'espèce au Québec, avec la mention d'une femelle au centre d'interprétation de la nature du lac Boivin par Roxanne Sarah Bernard en août 2007. La Périthème délicate est aussi d'apparition récente dans le secteur de Gatineau où elle a été notée pour la première fois en 2012. La présence d'une population au lac Saint-Paul repousse ainsi la limite de l'aire de distribution connue d'une centaine de kilomètres vers le nord.

Voici les résultats inventaires effectués au lac Saint-Paul en 2017 :

Le 10 juin

10 Enallagma ebrium
50 Ishnura verticallis
7  Anax junius
1  Dorocordulia libera
2  Epitheca canis
5  Leucorrhinia intacta
1  Libellula quadrimaculata

Le 7 août

1    Lestes disjunctus
30   Lestes rectangularis
15   Enallagama ebrium
10   Enallagma geminatum
1000 Enallagama signatum
12   Ischnura posita
1000 Ischnura verticalis
1    Aeshna constricta
1    Aeshna eremita
1    Aeshna canadensis
2    Libellula pulchella
1    Perithemis tenera
6    Sympetrum internum
9    Sympetrum janeae
24   Sympetrum obtrusum
1    Sympetrum rubicundulum

Le 13 août

2    Calopteryx maculata
1    Lestes disjunctus
10   Lestes rectangularis
1    Enallagama carunculatum
3     Enallagama ebrium
10   Enallagma geminatum
500  Enallagama signatum
750  Ischnura verticalis
1    Aeshna constricta
1    Erythemis simplicicollis
1    Aeshna eremita
3    Libellula pulchella
6    Perithemis tenera
4    Sympetrum internum
7    Sympetrum janeae
25   Sympetrum obtrusum

Le bilan pour 2016 et 2017 s'établit maintenant à 29 espèces après cinq visites. Plusieurs autres espèces restent à ajouter à la liste des libellules du lac Saint-Paul entre autre parce qu'un seul inventaire printanier y a été effectué. À date aucun gomphidés ne figure sur cette même liste et une seule Somatochlora non-identifiée à l'espèce.

Bilan des espèces du lac Saint-Paul
* espèce notable
# extension d'aire 

Calopteryx maculata
Lestes disjunctus
Lestes rectangularis
Enallagma carunculatum
Enallagma ebrium
Enallagma geminatum*#
Enallagma signatum
Ischnura posita*
Ischnura verticalis
Aeshna canadensis
Aeshna constricta
Aeshna eremita
Aeshna umbrosa
Stylurus scudderi
Dorocordulia libera
Epitheca canis
Erythemis simplicicollis*
Leucorrhinia intacta
Libellula luctuosa
Libellula pulchella
Libellula quadrimaculata
Pantala flavescens
Perithemis tenera*#
Sympetrum internum
Sympetrum janeae*
Sympetrum obtrusum
Sympetrum rudicundulum*
Sympetrum semicinctum
Sympetrum vicinum


Alain Côté
Guy Lemelin
Maurice Raymond

Les libellules au nord du 52e parallèle

Guy et Maurice

Les conditions climatiques particulières au nord du 52e parallèle font en sorte que Météomédia et Environnement Canada deviennent nos meilleurs alliés pour planifier ce genre de voyage. Nous avions besoin d'une fenêtre de beau temps d'au moins trois jours consécutifs pour donner le "go" vers cette destination et c'est finalement dimanche dernier que nous avons entrepris le long voyage qui nous a mené jusqu'à Fermont.

Lundi matin à l'aube les toitures étaient givrées et le vent soufflait du secteur nord. Avec un maximum prévu de 16 degrés celsius et des rafales à 45 km/h nous savions que la journée allait être difficile pour inventorier les libellules.

En recherchant des endroits potentiels pour débuter nos inventaires nous avons remarqué ce qui semble être un ancien aéroport situé à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Fermont. À proximité de celui-ci il y a une grande tourbière à lanières (minérotrophe) et un petit lac que nous choisissons comme destination. C'est sans trop de surprises que nous constatons qu'il y a très peu d'activité autour du lac et ce n'est guère mieux dans la tourbière avec tout ce vent du nord. Avec le soleil qui réchauffe tranquillement l'air et à force de recherches nous finissons par nous rendre compte que les libellules se dissimulent dans la forêt de conifères et les pessières à lichen aux endroits où le vent a le moins d'emprise. Avec un peu de ténacité nous finissons par recenser une dizaine d'espèces le premier jour dont une des espèces cibles soit un mâle Somatochlora brevicincta; un cordulidé jamais recensé dans ce secteur.

Liste des espèces du lundi 24 juillet:

3   Lestes disjunctus - sûrement plusieurs autres en émergence mais non capturés
2   Enallagma annexum - pas très commun - difficile à localiser
10 Aeshna eremita - commun
1   Aeshna interrupta - le seul individu du voyage
4   Aeshna sitchensis - commun
1   Ophiogomphus colubrinus - capturé en forêt dans la pessière à lichen
1   Somatochlora brevicincta - capturé en forêt dans la pessière à lichen
2   Somatochlora cingulata - commun
2   Somatochlora septentrionalis - assez commun
1   Leucorrhinia hudsonica - pas évident à détecter, pas beaucoup d'individus


Cordulie de Robert - Quebec Emerald - Somatochlora brevicincta - mâle

Cordulie de Robert - Quebec Emerald - Somatochlora brevicincta - mâle - appendice vue latérale

Cordulie de Robert - Quebec Emerald - Somatochlora brevicincta - mâle - appendice vue dorsale

Cordulie de Robert - Quebec Emerald - Somatochlora brevicincta - mâle - appendice vue ventrale

Au deuxième jour nous retournons au même endroit. Toutefois nous élargissons notre périmètre de recherche en marchant à l'intérieur de la forêt et dans les pessières à lichen. Dès notre arrivée près du lac nous capturons simultanément deux libellules, l'une dans mon filet que j'identifie comme notre deuxième capture de Somatochlora brevicincta et une autre dans le filet de Guy. Quelques secondes suffisent et l'identification arrive rapidement et Guy de s'écrier... hey les gars, j'ai une maison blanche ! Très au fait de ce qu'il voulait dire, car il s'agit d'une espèce cible que nous avons rebaptisé le temps du voyage, nous accourons rapidement pour observer tour à tour ce mâle de Somatochlora whitehousei. Cette trouvaille marque une extension d'aire de plusieurs centaines de kilomètres vers l'est au Québec et vient consolider la distribution de cette espèce qui se retrouve aussi dans le secteur de Goose Bay au Labrador. Après une longue séance de photos en main, Guy et Maurice décide de déposer l'insecte sur une branche de conifère pour donner un aspect plus naturel aux prochaines images. Côte à côte et fin prêt pour la prochaine séance, Guy dépose doucement l'insecte et en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire... ZAP! il est disparu, capout, fini la maison blanche... un malin mésangeai observait la scène de près depuis un certain temps. Comble d'arrogance, il est arrivé par derrière pour passer en vol directement entre les deux photographes et saisir la pauvre somato. Toute une expérience pour notre première Somatochlora whitehousei à vie!

Remis de nos émotions, nous avons ensuite continuer nos recherches à travers les arbres et les pessières allongeant tranquillement la liste des espèces. Le point culminant de l'après-midi fut la capture de notre première Aeshna septentrionalis; un beau mâle posé sur un chemin de gravier et surpris par le filet de Guy. Après l'avoir longuement observé et photographié, nous poursuivons notre route vers notre point de départ en traversant une dernière zone humide où nous capturons un deuxième mâle Aeshna septentrionalis. C'est une très belle libellule que nous retrouvons rarement dans nos contrées du sud du Québec!

Liste des espèces du mardi 25 juillet:

1   Lestes disjunctus - sûrement plusieurs autres en émergence mais non capturés
12 Coenagrion interrogatum - se retrouvent surtout dans les joncs en bordures des étangs
8   Aeshna eremita - commun
3   Aeshna juncea - régulier dans les bons habitats
2   Aeshna septentrionalis - à proximité de la tourbière
12 Aeshna sitchensis - commun
1   Aeshna subarctica - observé une seule fois, une femelle en ponte
3   Somatochlora brevicincta - capturé en forêt dans la pessière à lichen
16 Somatochlora cingulata - commun
1   Somatochlora franklini - un seul individu observé patrouillant un site de ponte potentiel
2   Somatochlora minor - semble pas très commun
3   Somatochlora septentrionalis - assez commun
1   Somatochlora whitehousei - capturé en forêt dans la pessière à lichen
10 Leucorrhinia hudsonica - pas évident à détecter, pas beaucoup d'individus


Cordulie de Robert - Quebec Emerald - Somatochlora brevicincta - femelle

Cordulie de Robert - Quebec Emerald - Somatochlora brevicincta - femelle - appendice vue latérale

Cordulie de Robert - Quebec Emerald - Somatochlora brevicincta - mâle

Cordulie de Robert - Quebec Emerald - Somatochlora brevicincta - mâle - appendice vue latérale

Cordulie de Whitehouse - Whitehouse's Emerald - Somatochlora whitehousei - mâle

Cordulie de Whitehouse - Whitehouse's Emerald - Somatochlora whitehousei - mâle - appendice vue latérale

Cordulie de Whitehouse - Whitehouse's Emerald - Somatochlora whitehousei - mâle - appendice vue dorsale

Aeschne à zigzags - Zigzag Darner - Aeshna sitchensis - mâle

Aeschne à zigzags - Zigzag Darner - Aeshna sitchensis - mâle - vue dorsale

Aeschne à zigzags - Zigzag Darner - Aeshna sitchensis - mâle - détails de la tête

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - mâle

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - mâle vue dorsale

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - mâle - détails de la tête

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - mâle - posé sur Guy

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - mâle - posé sur Guy

Pour la troisième et dernière journée, avec le vent sud-ouest et les 24 degrés prévus, nous décidons de mettre une emphase particulière sur la tourbière. Aeshna eremita est bien présente un peu partout dans ce milieu alors qu'Aeshna sitchensis, tout aussi abondante, se rencontre toutefois dans des habitats un peu plus spécialisés. Une découverte intéressante fut l'observation de plusieurs mâles d'Aeshna septentrionalis. Nous les avons observés de visu, aux longues-vues et en avons capturé une. L'espèce semble présente en assez bon nombre pour parler d'une population à cet endroit. Son habitat semble légèrement différent de celui d'Aeshna sitchensis soit des mares ou des étangs peu profonds parsemés de plantes herbacées. Celui d'Aeshna sitchensis ressemble plus à un pré humide herbeux (carex?) avec peu d'eau. En vol, lorsqu'elle passe près, Aeshna septentrionalis se différencie assez facilement d'Aeshna sitchensis. Comme les deux espèces se cotoyaient régulièrement dans ce milieu, nous avons remarqué que la taille un peu plus grande ainsi que la coloration bleu clair de l'abdomen d'Aeshna septentrionalis tranchait assez facilement la question de l'identification par rapport à Aeshna sitchensis qui est un peu plus petite avec l'abdomen paraissant bleu plus foncé. Mais le point culminant demeure certainement la capture d'un autre mâle Somatochlora whitehousei dont la présence dans ce milieu naturel nous laisse croire qu'elle pourrait se reproduire dans cette tourbière. Nous avons finalement quitté l'endroit vers 13 heures, après quatre heures d'inventaire, pour nous concentrer sur d'autres habitats non inventoriés.

Liste des espèces du mercredi 26 juillet:

8   Lestes disjunctus - sûrement plusieurs autres en émergence mais non capturés
5   Coenagrion interrogatum - commun - se retrouvent dans les joncs en bordures des étangs
3   Ennalagma annexum - pas très commun - difficile à localiser
12 Aeshna eremita - commun
2   Aeshna juncea - régulièr dans les bons habitats
3   Aeshna septentrionalis - plusieurs autres ind. vus seulement. Population probable.
12 Aeshna sitchensis - commun
3   Aeshna umbrosa - régulièr dans les bons habitats
1   Cordulia shurtleffi - bordure d'étang, une seule capture durant le voyage
9   Somatochlora albicincta - commun dans les bons habitats
6   Somatochlora cingulata - commun
2   Somatochlora septentrionalis - assez commun
1   Somatochlora whitehousei - statut à déterminer
5   Leucorrhinia hudsonica - pas évident à détecter, pas beaucoup d'individus


Cordulie de Whitehouse - Whitehouse's Emerald - Somatochlora whitehousei - mâle

Cordulie de Whitehouse - Whitehouse's Emerald - Somatochlora whitehousei - mâle - appendice vue latérale

Cordulie de Whitehouse - Whitehouse's Emerald - Somatochlora whitehousei - mâle - appendice vue dorsale

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - mâle - ces aeschnes aiment bien se posé sur ce qui paraît pâle comme ce tronc.


Voici plusieurs photos d'habitats représentatives durant notre séjour dans le secteur de Fermont :


Forêt typique avec pessière à lichen

Forêt typique avec pessière à lichen en bordure d'un lac

La tourbière

Habitat typique où circule constamment Ae. eremita, Ae. sitchensis et Ae. septentrionalis

Endroit où j'ai longuement observé aux jumelles deux Ae. septentrionalis patrouillé ce milieu humide

Voilà qui résume assez bien notre visite au delà du 52e parallèle, le pays de la mouche noire!

Maurice
Alain
Guy

Nouvelles de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches

L'ajout ou l'observation d'une espèce peu ou pas mentionnée dans notre région est toujours un évènement marquant. Hier le 18 juillet près de Pintendre j'ai eu la chance, en compagnie de Guy, d'ajouter une nouvelle espèce en Chaudière-Appalaches alors qu'aujourd'hui même le 19 juillet je concrétisait ce qui semble être une deuxième mention pour une autre espèce en Capitale-Nationale.

Concernant l'espèce d'hier, la seule fois que je l'ai inscrite dans mon carnet de notes c'était en 2015 dans le parc de la Gatineau! Ce fut toute une surprise, alors que nous étions à inventorier les espèces d'odonates présentes dans une sablière du secteur de Pintendre, de découvrir la présence d'un mâle immature de Celithemis elisa. Mais nous fumes doublement surpris quand un peu plus loin nous en avons découvert un deuxième, mature cette fois. Lors de prochaines visites nous saurons s'il y a une population établit dans cette sablière. À suivre.

Célithème indienne - Calico Pennant - Celithemis elisa  - mâle immature


Célithème indienne - Calico Pennant - Celithemis elisa  - mâle mature

L'habitat où a été découvert Celithemis elisa - le 1er repéré dans le talus herbacé à droite du chemin de sable

Aujourd'hui le 19 juillet, j'ai repéré une espèce qui ne semble pas avoir été observée depuis belle lurette dans la région de la Capitale-Nationale et il s'agit d'Epitheca princeps. C'est un individu que j'ai longuement surveillé aux jumelles alors qu'il se nourrissait près de la rive de l'étang de Château-Richer. Cet individu semblait s'être délimité un territoire qu'il patrouillait sans arrêt pour se nourrir et à maintes reprises il a poursuivi et repoussé plusieurs individus de Libellula luctuosa ainsi que de Libellula pulchella. Cette mention d'Epitheca princeps marque une belle présence pour l'espèce en Capitale-Nationale et pourrait représentée la mention la plus au nord-est connue pour le Québec.


Alain Côté