Population relique de l'Aeschne septentrionale (Azure Darner, Aeshna septentrionalis) dans le parc national des Grands-Jardins


Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - parc national des Grands-Jardins - 2 juillet 2017

Le 2 juillet au petit matin nous avons pris la route en direction du parc national des Grands-Jardins pour recenser les différentes espèces de libellules dans la tourbière située entre les lacs à Jack et Malbaie. L'endroit étant difficile d'accès (lire le blog du 6 juillet dernier pour en savoir plus), nous avons dû fournir plusieurs efforts avant d'atteindre notre destination. Mais ceux-ci ne furent pas en vain car c'est lors de cette expédition que nous avons découvert une population de l'Aeschne septentrionale (Azure Darner - Aeshna septentrionalis) à cet endroit. Cette découverte, tant inattendue qu'insoupçonnée, est le moment marquant de l'été 2017.

Un des secteurs où nous avons découvert l'Aeschne septentrionale. Un endroit parsemé de chicots de conifères séchés. Les plus pâles, ceux qui n'ont plus d'écorces, sont des endroits de prédilection où aime se poser cette libellule.

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - parc national des Grands-Jardins - 2 juillet 2017 - Un perchoir de prédilection pour cette aeschne.
 
C'est sous une matinée ensoleillée, puis parsemée d'averses en après-midi, que nous avons fait notre premier inventaire. Nous avons été surpris par nos premières captures d'Aeshna septentrionalis en les confondant d'abord avec l'Aeschne à zigzags (Aeshna sitchensis). Ce sont deux espèces qui se ressemblent au point de s'y méprendre en raison des motifs quasi identiques sur leurs abdomens et leurs thorax. L'analyse de photographies prisent sur le terrain nous a par la suite confirmé qu'il s'agissait bien d'Aeshna septentrionalis, une espèce fort surprenante sous nos latitudes sudistes.


Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - parc national des Grands-Jardins - 2 juillet 2017

Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - parc national des Grands-Jardins - 2 juillet 2017

Suite à cette première journée, nous avons fait quelques visites supplémentaires qui nous ont permis d'observer et photographier plusieurs autres individus de cette même espèce. Étonnamment, nous n'avons notés que des mâles lors de nos cinq inventaires. Aucune femelle. Bien que certainement présentent, elles sont demeurées bien discrètes lors de nos visites. Voici d'ailleurs un bref résumé du nombres d'individus que nous avons recensées en 2017:

  • 2 mâles adultes le 2 juillet
  • 3 mâles adultes le 17 juillet
  • 6 mâles adultes le 20 juillet
  • 1 mâle adulte le 30 juillet
  • aucun individu le 21 août

Au Québec, Aeshna septentrionalis est une espèce dont l'aire de répartition principale s'étend bien au delà du 50ième parallèle en zone boréale (réf. Atlas préliminaires des libellules du Québec). Elle est aussi la seule du genre à se retrouver en zone arctique près du 60ième parallèle, notamment le long des côtes de la baie d'Ungava (réf. Dragonflies and Damselflies of the East, Dennis Paulson) (références sur les zones climatiques). Quant à la population du parc national des Grands-Jardins, elle est tout à fait exceptionnelle de par son emplacement à l'échelle du continent nord-américain. D'un point de vue latitudinal elle est jusqu'à preuve du contraire la population la plus méridionale en Amérique du nord détrônant celle de l'Alberta qui se trouve près du 50ième parallèle.

Ce qui semble préoccupant avec la population du parc, c'est qu'elle apparaît très circonscrite à l'intérieur même de la tourbière et ne semble pas occuper au maximum les quelques 2,25 kilomètres carré de superficie disponibles. Toutes les observations ont été faites à l'intérieur d'un périmètre qui s'étend sur environ 300 X 700 mètres représentant à peine 9% de la superficie totale. Les exigences environnementales d'Aeshna septentrionalis se retrouvent certainement dans cette parcelle d'habitat, portant à croire qu'il s'agit de la niche écologique de cette espèce. Toutefois, qu'elles en sont les véritables paramètres demeure un mystère.

Le statut de "zone de conservation extrême" de la tourbière réticulée du Lac des Soixante-Six assure actuellement l'intégrité de cet habitat particulier. Il s'agit d'un statut fort important car le moindre bouleversement ou harnachement de cet écosystème pourrait à jamais compromettre la survie de cette population isolée représentant une espèce relique dans le parc national des Grands-Jardins.

Pour en savoir davantage sur ce secteur, je vous invite aussi à consulter l'excellent document soumit par Guy Lemelin et que l'on retrouve sur le site Entomofaune du Québec.

Saviez-vous que ?

Malgré sa position géographique à la hauteur du 47ième parallèle, le parc national des Grands-Jardins est sous l'influence d'un climat boréal et subarctique. Son élévation générale explique cette réalité. Pour cette raison on y retrouve des zones de pessière à lichen, un biotope que l'on rencontre habituellement au-delà du 52ième parallèle, soit près de 500 kilomètres au nord du parc! (réf. SÉPAQ) Reposant à plus de 800 mètres d'élévation, la tourbière nommée lac des Soixante-Six est caractérisée par des températures estivales plutôt fraîches variant entre 10 et 22 degrés Celsius (réf. NORDICANA D) (réf. MDELLCC) et des conditions météorologiques imprévisibles la plupart du temps.


Alain Côté
Guy Lemelin
Maurice Raymond



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