L'Aeschne verticale (Aeshna verticalis) vs l'Aeschne du Canada (Aeshna canadensis)


Aeshne verticale - Green-striped Darner - Aeshna verticalis - mâle
Aeshne du Canada - Canada Darner - Aeshna canadensis - mâle

Il n'y a pas de doute l'Aeshne verticale (Aeshna verticalis) est une espèce souvent confondu avec l'Aeshne du Canada (Aeshna canadensis). Comme elle est peu signalée au Québec, avec seulement une poignée de mentions, acquérir de l'expérience pour mieux la connaitre n'est pas simple. La découverte récente d'un site où l'espèce semble maintenir une petite population m'a récemment permit de vérifier une caractéristique qui permet de différentier les mâles de ces deux taxons à coup sur. Je ne vais pas élaborer sur les différents critères tel que les bandes thoraciques ou l'arrangement des taches sur l'abdomen mais plutôt sur un détail morphologique au niveau de l'hamule, présent chez le mâle, qui permet d'en arriver rapidement à une conclusion concernant l'identification de l'une ou l'autre des espèces.

L'observation de l'hamule du mâle sous-entend que l'insecte doit avoir été capturé (et préférablement relâché par la suite) car il se trouve sous l'abdomen et plus spécifiquement sous le segment 2 (S2). L'insecte doit être maintenu par les ailes puis retourné afin d'avoir une vue ventrale. De plus une loupe 10X et/ou une bonne photographie seront nécessaires pour déterminer la forme de celle-ci. Dans le cas d'Aeshna canadensis la forme de l'hamule est décrite comme suit dans le guide Algonquin : "hamular folds look like praying hands" ce qui signifie; qui ressemble à des mains qui prient. Dans le cas d'Aeshna verticalis, j'aime utiliser la même analogie avec des mains qui prient mais avec les doigts repliés à 90 degrés et dont les extrémités se touchent. Vous pourrez facilement trouver l'hamule sur les sur les deux photos ci-bas en regardant juste au dessus du filigrane "COPYRIGHT ALAIN CÔTÉ". Une fois la forme de l'hamule confirmée vous saurez si vous avez en main Aeshna verticalis ou Aeshna canadensis.

À mon avis c'est le critère le plus fiable pour confirmer ou infirmer ces deux espèces. Un des seuls guides de terrain qui le présente très bien c'est "Field Guide to The Dragonflies and Damselflies of Algonquin Provincial Park and the Surrounding Area" de la série "Algonquin Field Guide". Deux autres excellentes références en fait aussi mention soit "Dragonflies and Damselflies of the East" de Dennis Paulson et "Drangonflies of North America", third edition, de Needham, Westfall, May.


Forme de l'hamule chez l'Aeschne verticale - Aeshna verticalis

Forme de l'hamule chez l'Aeschne du Canada - Aeshna canadensis


Alain Côté




Références :

Field Guide to The Dragonflies and Damselflies of Algonquin Provincial Park and the Surrounding Area, Algonquin Field Guide, p. 93

Dragonflies and Damselflies of the East, Dennis Paulson, p. 190

Drangonflies of North America, third edition, Needham, Westfall, May, p. 66

http://wiatri.net/inventory/odonata/SpeciesAccounts/Images/IDofGreenStripedDarner_DuBois.pdf

https://quebecodes.wordpress.com/2013/08/22/canada-or-green-striped/

https://quebecodes.wordpress.com/2013/08/22/answer/

http://www.geocities.ws/hastingscountyodonata/aeshna_verticalis/aeshna_verticalis.htm

Les odos de la Bécancour en canot - 25-26 août 2019


La rivière Bécancour


Inventorier les libellules en canot offre un grand avantage et donne souvent l'occasion de répertorier de nouvelles espèces présentent dans des habitats bien précis ou circonscrits. Je l'ai expérimenté à plusieurs reprises dernièrement sur plusieurs rivières avec des résultats très intéressants. Les 25 et 26 août dernier j'ai donc parcouru la rivière Bécancour entre l'étang Stater et le lac à la Truite et réussi à faire trois ajouts d'espèces qui n'avaient pas encore été répertoriées dans la section du bassin versant de la rivière Bécancour comprise dans la grande région de Chaudières-Appalaches.

De toute évidence l'endroit idéal pour la mise à l'eau est le pont à Chevilles enjambant la rivière aux Pins en amont de l'étang Stater. Cette rivière est un affluent de la rivière Bécancour et les deux cours d'eau se croisent quelques centaines de mètres en aval du pont. Je rame lentement en inspectant les berges herbeuses qui sont d'excellents endroits pour observer plusieurs espèces de zygoptères. Je n'ai pas long à faire avant de découvrir mes premiers caloptéryx et quelques Lestes rectangularis. Ici et là je note aussi des Ischnura verticalis et puis la discrète Nehalennia irene quand tout à coup je remarque la présence d'un enallagma un peu plus loin. Une capture au filet me permettra de confirmer qu'il s'agit d'Enallagma exsulans; une espèce régulière cette année quand je circule en rivière avec mon canot. Il y a aussi l'un de mes zygoptères préférés qui fait bonne figure et je m'arrête quelques minutes pour observer plusieurs tandems d'Argia fumipennis dont les femelles s'affairent à pondre parmi des débris de végétation.


Agrion exilé - Stream Bluet - Enallagma exsulans

Argie violacée - Violet Dancer - Argia fumipennis violacea - Tandem en ponte - En avant-plan un mâle Agrion exilé
 
Pour continuer mon parcours sur la rivière Bécancour, je dois faire un portage afin de contourner l'endiguement rocheux servant de barrage et retenant les eaux de l'étang Stater. C'est en cherchant le meilleur endroit pour transférer mon matériel qu'un mâle Peritemis tenera en maraude est venu me surprendre. Il s'agit probablement d'une nouvelle espèce qui s'ajoute pour le secteur de l'étang.

C'est la première fois que je visite la section de rivière comprise entre le barrage et le lac à la Truite. Dès que je quitte la grande fosse au pied du barrage la rivière s'écoule doucement avec un faible débit sur des centaines de mètres et j'ai peine à faire avancer mon canot qui touche le fond sablonneux et rocailleux à maints endroits. Non loin je remarque une couple de libellules rôdant près d'un amoncellement de gravier. Je m'approche et je capture une autre espèce qui s'avèrera être un nouvel ajout pour la liste des espèces du bassin versant de la rivière Bécancour; un Dromogomphus spinosus.


Gomphe épineux - Black-shouldered spinyleg - Dromogomphus spinosus - mâle

Maintenant je suis en plein dans l'habitat parfait de Stylurus scudderi. Comme ils le font souvent l'un d'eux finit par se poser sur mon canot. Plus loin un autre pousse même l'audace jusqu'à venir se poser sur ma main ! Dans ce milieu propice pour cette espèce j'en identifie six de façon certaine alors qu'une douzaine d'autres restent non confirmés à l'espèce. Parmi cette douzaine de stylurus en circulation il y en a un qui a vraiment attiré mon attention lorsqu'il est passé au travers du champ de vision de mes jumelles. Je suis quasi-certain qu'il s'agissait d'un Stylurus spiniceps mais je l'ai perdu de vue alors qu'il remontait la rivière. J'ai préparé ma caméra pour espérer le figer au cas où il repasserait mais en vain. De toute façon je repasse dans ce secteur demain et je dois maintenant me trouver un endroit pour monter ma tente et passer la nuit.


Rivière Bécancour - habitat propice pour les stylurus; faible débit, faible profondeur avec un fond sablonneux
 
Ce Stylurus scudderi cherchait un endroit pour se poser sur mon canot, il en a décidé autrement !

Le lendemain vers 09h30 je suis de retour dans le secteur des "scudderi" et fidèles à leurs habitudes l'un d'eux se pose sur la pointe de mon canot. Je l'observe pendant quelques secondes avant qu'il ne s'envole. Soudain j'entends des bruissements d'ailes tout près qui attire mon attention; un tandem vient de se former. Ils volent maladroitement et ne semblent pas réussir à prendre de l'altitude puis je les perds de vue dans la végétation juste un peu plus loin. Je donne quelques coups de rames pour m'approcher et ils reprennent leur envol toujours aussi maladroitement. Ils finissent par venir passer très près de moi et je réussi à les prendre dans mon filet. À travers celui-ci je vois que le mâle Stylurus scudderi a lâché la femelle mais je vois aussi que les deux individus sont de tailles différentes. Je prends d'abord le mâle, qui est le plus petit des deux individus, et je fais quelques photos avant de le relâcher. J'avais bien hâte de voir la femelle et, oh surprise, après quelques instants je réalise que je tiens une femelle Stylurus spiniceps ! Là je comprends pourquoi le vol semblait compliqué, la femelle devait se débattre frénétiquement pour se libérer de ce mâle qui n'était pas de son espèce.


Gomphe de Scudder - Zebra Clubtail - Stylurus scudderi - le mâle qui était en tandem avec la femelle Stylurus spiniceps
 
Gomphe fléché - Arrow Clubtail - Stylurus spiniceps - la femelle qui était en tandem avec le mâle Stylurus scudderi

Je finis par reprendre mon parcours vers le pont à Chevilles qui est quand même à presque trois kilomètres.Tout au long du trajet j'observe quantité d'aeshnes que je ne parviens pas à capturer mais j'ai plus de succès avec les zygoptères qui constituent tout de même plus du tiers des espèces sur ma liste d'inventaire.

Voici la liste des espèces recensées lors de cette excursion de deux jours :

12 Calopteryx aequabilis
11 Calopteryx maculata
10 Lestes rectangularis
3   Lestes disjunctus
26 Argia fumipennis violacea
3   Enallagma carunculatum (dans les massifs de quenouilles à la tête du lac à la Truite)
12 Enallagma exsulans
60 Ischnura verticalis
2   Nehalennia irene
1   Aeshna umbrosa
50 Aeshna non-identifiés
2   Boyeria non-identifiés
1   Dromogophus spinosus
10 Stylurus scudderi
1   Stylurus spiniceps
13 Stylurus non-identifiés
1   Leucorrhinia intacta
6   Libellula luctuosa
4   Libellula pulchella
1   Pantala flavescens
1   Perithemis tenera
6   Plathemis lydia
18 Sympetrum non-identifiés


Alain Côté